Qu’est ce que le sol?
Pour la plupart d’entre nous, ce peut être l’endroit où nous marchons. Pour l’agriculteur, ce peut être la matière qui lui procure son gagne-pain. Pour le jardinier, le sol représente la source lui permettant de partager passions, saveurs et beauté!
Pour les milliards de bactéries, les insectes, les vers, les collemboles et tous les habitants de la microfaune, le sol est une leur résidence, leur milieu de vie et d’engagement. Ils contribuent depuis toujours à la fertilité du sol, à la création de l’abondance.
D’une manière naturelle, le sol est généralement couvert d’herbe ou de végétation quelconque. En tant que jardinier, j’ai souvent enlevé ce couvert végétal pour établir potagers ou plate bandes de fleurs. La première chose que nous pouvons remarquer en enlevant le gazon, c’est la présence de vers de terre; ils sont surpris dans leurs activités paisibles et ils accélèrent leur rythme pour se cacher. Au cours de l’histoire nous avons considéré les vers, à tout le moins comme insignifiants, utiles pour la pêche à la ligne ou encore nuisibles à la culture des plantes.
Qu’en est-il vraiment de la présence et de l’abondance des vers de terre quant à la fertilité du sol?
L’auto-fertilité du sol existe déjà. Ça existe dans les forêts et dans les prairies naturelles pour supporter la croissance des arbres et des innombrables plantes forestières : fleures, fougères etc. A titre d’exemple, dans une érablière en santé, les feuilles mortes de l’année précédente sont complètement consommées dès le mois de juillet. Est ce que cela pourrait se produire dans nos jardins pour supporter la croissance exigeante comme celle des légumes? Tout à fait, à condition de donner un habitat viable à la microfaune.
Quand on découvre le sol pour jardiner, les vers s’en vont petit à petit, parce qu’ils ne trouvent plus suffisamment de nourriture ou parce que le sol devient trop chaud et trop sec car trop exposé au soleil. Même si on ajoute composts et suppléments de toutes sortes sur nos jardins à sol découvert, non seulement la fertilité ne semble pas s’améliorer mais elle diminue dans la plupart des cas. Se pourrait-il que la fertilité naturelle du sol soit proportionnelle à la quantité de vers de terre et autres formes de vie présents dans le sol?
Garder les vers au jardin
J’ai fait l’expérience ces dernières années, à l’instar des adeptes de la perma-culture, de couvrir le sol après les semis. J’ai utilisé le gazon coupé, c’est une matière abondante à compter du mois de mai ou certainement juin. Alors dès que les plantations et les semis sont faits, il suffit de ramasser le gazon et de le distribuer en couche mince sur tout le jardin, sans nuire toutefois aux semis fins qui ne sont par encore levés. L’idée première c’est de garder les vers au jardin et d’augmenter leur nombre en leur procurant abri et nourriture. Le ver de terre trouve facilement ce qu’il lui faut dans un sol couvert de végétation; le gazon, la prairie, les terrains en friche lui offre nourriture et protection contre le soleil. Le ver se nourrit principalement de matière végétale ou animale en décomposition : le chaume du gazon, les feuilles mortes, le foin, la paille et bien sûr les céréales. Comme il n’a pas de dents pour broyer ses aliments, il choisira des matières bien humides pour qu’elles ne soient pas trop coriaces. On peut l’observer tôt le matin au moment ou il sort de sa galerie, il cherche alors quelque chose à se mettre sous la dent, pour ainsi dire. Aussitôt qu’il a saisi quelque matière à ingurgiter, il retourne dans sa demeure naturelle où il poursuit inlassablement son fouillage souterrain.
Il va alors consommer son repas en descendant dans sa galerie et retourner en profondeur pour creuser plus profondément dans le sol mère où il ingurgitera le sol même. Il peut ainsi creuser, jusqu’à la nappe phréatique, où la présence d’eau facilite semble-t-il son travail de creusage. Il mélange la matière organique et les minéraux du sol et fabrique ainsi l’humus qu’il déjecte pour consolider sa galerie ou encore en surface pour le plus grand bien des plantes. Cet humus est la base de l’augmentation de la fertilité du sol et constitue la meilleure nourriture pour les plantes.
Un paillis bien adapté.
Ainsi mon expérience de couvrir le sol s’est avéré bénéfique sur la population des vers. Lors de mes vérifications fréquentes tout au long de l’été, je pouvais observer sous le couvert végétal, des ouvertures de nombreuses galeries de même que des bébés en abondance et de nombreux tortillons d’humus. Cette nouvelle expérience m’a permis d’augmenter considérablement les populations de vers de terres, au lieu de la voir diminuer sous l’effet du soleil et de la sécheresse qu’il provoque en été. Au fil de la saison et de la croissance des plantes, j’ai donc ajouté régulièrement du gazon coupé et de la paille. Il est bon de laisser la paille dehors plusieurs semaines, voir plusieurs mois, afin qu’elle s’humecte et se dégrade partiellement, elle est ainsi plus facile à étendre au sol et déjà plus digeste pour les jeunes vers. Quand les plantes grossissent, on peut se permettre d’ajouter un paillis plus important. Si on veut au cours de la saison resemer une bande pour une nouvelle récolte, il suffit de retirer le paillis et de le laisser dans les allées. Pour une nouvelle plantation, si le paillis n’est pas très volumineux, seulement le déplacer pour laisser place aux nouveaux plantons.
Et c’est ainsi que va le jardin tout au cours de l’été. Les plantes ont grandi, ce qui nous a permis d’ajouter plus de gazon et de paille pour une épaisseur totale d’environ un pouce. C’est à mon avis une épaisseur facilement gérable pour pouvoir continuer à jardiner sans inconvénient majeur, d’une façon intensive, sur des bandes d’un mètre vingt à un mètre trente de largeur. Personnellement, je préfère un paillis pas trop épais pour un réchauffement du sol plus hâtif au printemps et plus de facilité lors des semis. Je vise ainsi une protection suffisante et une nourriture abondante afin que les vers puissent se multiplier rapidement pour atteindre une population de plusieurs centaines d’individus, à chaque mètre cube. Le sol atteindra alors son auto-fertilité.
Une fois que les bandes sont récoltées, il est plus facile de nourrir les vers avec des restes de végétaux, du fumier, des restes de table. Ces différentes substances, servant de nourriture contribuent à augmenter plus rapidement les populations de vers de terre. On peut encore faciliter la vie de nos protégés en broyant et déchiquetant les matières utilisées sous le paillis
(L’épaisseur du paillis peut être très variable, certains adeptes de la perma-culture en butte recommandent jusqu’à six pouces d’épaisseur). Cela me semble exagéré pour notre climat, mais peut être satisfaisant pour un climat beaucoup plus chaud.
La fragilité de l’auto-fertilité
C’est dans les quelques 5 à 20 centimètres de la couche supérieure du sol, l’endroit du mariage de la vie où la terre, l’air, l’eau et le soleil se rencontrent, que les 6,5 Milliards d’humains trouvent la totalité de leur subsistance de provenance terrestre. C’est là que la magie de la vie s’opère par la rencontre des règnes minéral, végétal, animal et humain avec les cinq éléments terre, air, eau, feu, éther.
Quand nos ancêtres ont défriché la terre de ce pays, ils ont pour ainsi dire enlevé tous les arbres. Ma mère qui a 92 ans se rappelle de la fertilité d’alors. Elle raconte l’abondance qui poussait entre les souches, qui poussait tellement… bien plus que dans les prairies. Pour moi, cela ressemble à l’auto-fertilité! Pouvons-nous imaginer cet humus noir couvert de feuilles mortes et de brindilles, jonché de racines annuelles de toutes sortes servant de nourriture à toute la vie qui s’y abrite? C’est précisément cette vie qui faisait le lien entre le minéral et le végétal pour assurer l’abondance et la fertilité. L’auto-fertilité c’est fragile. L’humus est vulnérable au soleil et à la pluie. En enlevant tous les arbres, il n’y a plus cet apport constant de feuilles, de racines, de restes de végétaux alimentant le cycle de vie de la microfaune. Il n’y a plus cette protection qu’offrait la forêt contre les éléments. Les forces de vie commencent alors à diminuer, l’humus est surchauffé par le soleil, balayé par le vent et emporté par le ruissellement de la pluie. En quelques petites années, on a perdu cette auto-fertilité. Et ça poussait bien plus que dans la prairie!
Dans la plupart des prairies les vers de terre se sont accrochés à leur promesse; ils ont subsisté jusqu’à ce jour. La fertilité n’a jamais cessé de diminuer jusqu’à aujourd’hui, alors qu’il y avait dans la vallée du St-Laurent des terres tellement riches.
Prenons le temps et les moyens simples de retrouver les jardins verts de la planète… Merci de comprendre avec moi les lois de l’équilibre et d’aménager les espaces vivants qui ramènent l’abondance dans nos sols et nos potagers. Le sol aime partager ses secrets et ses cadeaux!
Au plaisir de continuer cette réflexion avec chacun, chacune.
Pierre Domingue,
21 mai 2009
819 823-9373
pierredomingue@videotron.ca






Je suis certaine que Pierre aura permis des découvertes sur l’utilité des vers de terre. Merci pour vos commentaires.
Merci pour ces conseils judicieux! Dorénavent je saurai quoi faire pour mon prochain jardin… et n’aurai plus dédain de ces vers de terre si précieux!
Merci Pierre pour cet exposé sur la richesse de la terre,vous êtes assurément un amoureux de la terre et de toute la complexité de la nature sur cette magnifique planète pour en parler ainsi.J’ai beaucoup appris et apprécié cet article partagé avec nous. Merci!